De quoi parle le nouveau Dylan ?Source: http://skorecki.blogspot.com/2009/07/bob-dylan-mercredi-1er-juillet-2009.htmlOn a trop peu remarqué que les disques de Bob Dylan ne parlaient de rien. Comme toujours, comme tous les disques qui l’ont précédé, Together through life ne parle que de musique. Ne pas chercher du côté de la biographie de Dylan des anecdotes, des souvenirs, des quelconques pistes, ou même des signes. Il en a rarement donné. Depuis 1965, il n’en donne plus. Son univers est un collage de sons, un collage de chansons dont il décolle rarement, même dans sa vraie vie. S’il y a un paysage qui se dégage à l’écoute du disque, c’est une sorte de toile mouvante, chatoyante, qui ressemble furieusement à un vieux disque de jazz ou à une chanson country rayée, enregistrée dans les années trente par un groupe tex mex oublié. Dylan vit dans une chanson, il n’en sortira jamais, même si les notes et les paroles bougent à la vitesse d’un dialogue intérieur sous acide. C’est ce paysage là dans lequel il s’est installé à vie.
Imaginez un peu le paysage. Sous une tente à la tombée du jour se sont réunis quelques dizaines de vieux cow boys, des indiens tristes à la peau cuivrée, quelques noirs déguisés en nègres… sur la piste chante un black minstrel tout pâle -ou un white minstrel, allez savoir- … des enfants de toutes les couleurs dansent au milieu des chevaux dépareillés et des cracheurs de feu obèses… quelques belles femmes mexicaines empoignent leur guitare en aguichant le client occasionnel… au milieu de la piste un petit homme triste transpire sous son épais maquillage blanc -ou noir, allez savoir- … il chante des valses ralenties d'une tristesse infinie, des boogies brûlants, accompagné par un accordéon fiévreux ... .... .... ....ne pas trop abuser du mot "cajun" ou "bayou", mieux vaudrait à la réflexion convoquer les fantômes des grands crooners du blues noir, ceux qui faisaient danser les blancs le samedi soir dans des pique-niques extatiques à coups de violons désaccordés (et plus tard, à coup de guitares saturées et d'amplis pourris dans des juke joints saouls de musique et de whiskey de contrebande au goût de pêche) .... .... .... ....
Et pourquoi ne pas évoquer ces string bands oubliés, ces sérénadeurs noirs de la frontière mexicaine, là où le Texas s'appelle encore le Texas, mais à peine. Tous ces groupes de transe amoureuse dont Dylan connaît les noms par coeur, sans oublier les cantinas où on danse encore le fandango en souvenir de la grande chanteuse mexicaine du Texas, la merveilleuse et obsolète Lydia Mendoza, qui convoquait ce parfum d'Espagne que Dylan a toujours aimé plus que tout?
Imaginez Emmett Miller en version castillane. Si vous pouvez… Tremolos, tremblements, yodelisation datée d’un Bing Crosby qui aurait cramé sa vie. Et n’oubliez pas de ramener au petit Bob ces bottes de cuir espagnol dont il a toujours rêvé. C’est le seul moment de vraie vie qui transpire de ces douze chansons abstraites. Rappelez-vous, il parle à Suzie Rotolo, son premier amour. «And yes, there’s something you can bring back to me, spanish boots of spanish leather ». Elles valent l’amour, ces bottes là, elles valent toutes les filles. Si j’osais, je dirais même qu’elles valent une valse.
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Le contrôle de soi (seigyo) c'est de savoir se taire quand la colère monte...