

Une pub pour un spectacle s'échelonnant sur trois soirs, parue dans le journal Le Droit, d'Ottawa, en 1974. L'erreur sur la pub, c'est que le nom de mon copain, originaire du Lac Saint-Jean, n'était pas "Leboeuf" mais
Lebeuf ! Évidemment, à l'époque, ça a fait rire les artistes de l'Outaouais qui nous connaissaient et lors du soir de la première, je me souviens qu'on s'est présentés... moi, en faisant le signe de la croix et lui, en meuglant comme un veau !
Le Berceau des Artistes, c'était une petite boîte à chansons à Hull, Québec. ( le site :
http://www.geocities.com/berceaudesartistes/ ) Pour l'anecdote... En juillet 1974, je revenais de Vancouver (côte Ouest du Canada) pour Hull. Je suis revenu avec ma guitare dans son étui et mon fidèle chien-loup à mes côtés.


J'avoue que j'étais un peu prétentieux à l'époque. Comme j'avais donné quelques spectacles ici et là à Vancouver et à Calgary, que j'avais cotoyé quelques bluesmen connus, partagé des jams (boeufs, que vous dites) avec des artistes hautement plus qualifiés que moi... Bref, je croyais en mettre plein la vue et les oreilles aux p'tits Québécois !
Que d'illusions! Châteaux de sable que la mer a vite fait de balayer. Je me suis aperçu que n'importe où, il y a des artistes, connus ou pas, qui sont beaucoup mieux que moi et que j'avais du pain sur la planche si je voulais m'imposer, ne serait-ce que réussir à avoir une toute petite part du gâteau.
Eh bien je me suis retrouvé à préparer les affiches de spectacles pour le Berceau, à aider Gabriel Croteau à l'administration de la boîte et, comme je pouvais vivre un an sans travailler de 8 à 4 ou de 9 à 5 , j'ai fréquenté les artistes de l'Outaouais. Faut dire que le Berceau était un peu ce qu'était le Saint-Germain-des-Prés, en France : l'endroit où se rencontrer.
Puis nous avons réussi le tour de force d'avoir une subvention de la ville de Hull pour payer les artistes qui se produisaient au Berceau. Pour un temps limité, quand même. D'où la mention "Service des loisirs de Hull" sur la pub.
Le soir de la première donc, le 19 décembre 1974. J'vous dis pas la honte! Malgré la pub dans le journal, malgré les affichettes dans les écoles et autres, malgré le bouche à oreilles... dans la petite salle, il n'y avait qu'une dizaine de personnes !

Et le trac de la part de Michel et moi.
Pour ma part, mon trac venait du fait que Michel voulait absolument que je chante en français et, bien sûr, je ne voulais pas. On avait quand même pratiqué pendant une semaine des chansons de Félix Leclerc, Robert Charlebois, Hugues Aufray... Bref, j'ai une voix à chier et je pensais bien faire fuir la dizaine de personnes qui avaient répondu à l'appel.
Heureusement que Michel était un type plus
ouvert que moi. Il a mis tout le monde dans sa poche en disant, au micro, qu'on se rapproche de la scène pour faire un spectacle de salon. Et ce fut exactement cela. Michel a chanté du Jean-Pierre Ferland, j'ai chanté du Bob Dylan... Et entre deux chansons, j'ai vu arriver mes parents.
Bien sûr, je les avais invité. Ils ne m'avaient jamais vu en spectacle. Mais, comment dire, la musique (ou la culture en général) et eux, hum, c'est deux univers ...parallèles. Je ne dis pas ça méchamment, c'est ainsi et c'est tout. Vraiment, je ne pensais pas qu'ils se déplaceraient pour venir me voir. Je me souviens avoir joué "Le Coeur gros" de Aufray spécialement pour eux :
Quand revient le vent de l'automne | Que je pense à tout ce temps perdu | Je n'ai fait de mal à personne | Je n'ai pas fait le bien non plus | Et j'ai le coeur gros ...Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête des gens. Dans ma tête non plus, des fois. Toujours est-il, qu'ils sont partis après la chanson. Eh oui.

J'ai vraiment eu le coeur gros ce soir là. Ce sont des genres d'anecdotes qui ne s'oublient pas.
Pour finir sur une note plus joyeuse : les 20 et 21 décembre, salle comble pour les deux soirs. Allez savoir pourquoi. Difficile à comprendre.
Comme il est difficile de comprendre pourquoi les gens aiment ceci et n'aiment pas cela. Je m'explique. Michel et moi avons préparé ce spectacle jusqu'aux introductions et anecdotes entre les chansons. Bon, certaines chansons furent appréciées mais, étonnamment, ce sont les chansons improvisées qui furent le
boum du spectacle. Quelqu'un dans la petite salle de 100 places a demandé "Jack Monoloy" de Gilles Vignault. Alors on l'a joué et les gens l'ont chanté, en chœur.
Jack Monoloy aimait une blanche | Jack Monoloy était indien | Il la voyait tous les dimanches | Mais les parents n'en savaient rien | Tous les bouleaux de la rivière Mingan | Tous les bouleaux s'en rappellent | La Mariouche elle était belle | Jack Monoloy était fringant ...Merde, pourquoi j'ai écrit tout ça ? J'suis pas nostalgique pourtant. 
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Le contrôle de soi (seigyo) c'est de savoir se taire quand la colère monte...