La GuêpièreNe jamais croire les copines… et toujours répondre quand on sonne à la porte !
Les collègues de travail, ont cela de merveilleux, c’est qu’elles vous abreuvent de conseils plus ou moins utiles sur la façon de gérer votre vie amoureuse. Etant une toute nouvelle mariée, et il faut bien l’avouer, encore très inexpérimentée, elles se mettent en devoir de faire mon éducation en me donnant quelques recettes pour être l’amante et la femme la plus sexy qui soit. Elles m’apprennent que l’homme en général adore toutes les petites lingeries féminines, avec petite dentelle, porte jarretelles et tout et tout… Mais que le fin du fin… c'est la guêpière.
Qu’à cela ne tienne je me mets en chasse, et fini par découvrir le plus charmant petit bout de tissu dont le rapport quantité/prix me laisse encore rêveuse.
Prenant mon après midi, je mets tout en œuvre pour passer la plus douce nuit de mon existence… Esthéticienne pour avoir la peau douce et nacrée, maquillage léger qui donne à mon regard un je ne sais quoi de mystérieux, on me palpe, me masse, me torture durant l’épilation, mais il faut souffrir pour être belle (heu celui du dernier rang qui dit qu’y’a du boulot… dehors
… De retour à la maison, je sors de son emballage la petite merveille qui va laisser mon homme sur le carreau, le faire hurler à la lune, lui faire taper la tête contre les murs, lui faire exécuter la danse de t’al’bassinkisagite, enfin bref, le rendre gaga…
Peu accoutumée à ce genre vestimentaire, je pose l’objet diaphane sur le lit et le regarde d’un œil circonspect et méfiant… Première erreur, j’ai pris le modèle où il faut être deux pour l’enfiler. Je voulais le faire trembler d’impatience, et j’ai pris pour ce faire de tout petits petits boutons de nacre, mais ils sont placés dans le dos !! Je la ferme donc avant de l’enfiler, et me prépare au plus féroce combat que j’ai eu à mener depuis lors.
La passant par les pieds, vu que par le haut il y a plutôt du monde, je me contorsionne, sautille, me déhanche, joue du houla oup, râle, m’énerve, traite ma tenue de ****** et de ****** , m’assoie sur le lit reprend mon souffle et recommence… Je tire, je pousse, je tasse, j’ondule, je ponctue le tout de hannnnnn, pppfffffffff, grrrrrrrrr, oufffffffff.
Au bout d’une demi-heure de combat acharné, le vêtement (si on peut appeler ça comme ça vu qu’il déshabille plus qu’il n’habille) est en place, mais il me comprime tellement la poitrine que j’ai peur de respirer et de voir mes avantages se transformer en airbag au premier choc frontal.
Deuxième phase, légers et fins, les bas de soie, sont enfilés avec délicatesse et délectation. Le contact sur la peau est vraiment très agréable, et je me prends à rêver à la douce nuit qui se prépare… je tire sur le porte jarretelle, et paf… le truc élastique me fouette durement le postérieur en signe de protestation, je me promets d’avertir le mâle sur cette partie hautement agressive de ma tenue lors de nos ébats nocturnes, aucune velléité de sado masochisme moi…
Voilà, enfin parée de mes plus beaux atours, la respiration courte et hésitante, la démarche chaloupée parce que haut perchée sur mes talons, je me dirige vers le canapé face à l’entrée, pour que dès son arrivée, il me voit alanguie, la jambe fine et gainée de soie, dans une position à la Marilyne Monroe…
Zut on sonne à la porte, je fais silence, et patiente.
Un quart d’heure plus tard on actionne à nouveau la sonnette…
Je ne bouge toujours pas, et de toute façon l’asphyxie est en train de me gagner…
Au bout de dix minutes supplémentaires, j’entends enfin ses pas dans le couloir, mon cœur fait des bonds de cabri, je laisse errer sur mes lèvres un doux sourire, promesse de moments enchanteurs…
La clef tourne dans la serrure, rougissante devant tant d’audace, me voici tremblante en imaginant le regard gourmand qu’il ne manquera pas de me jeter, et j’en viens même à me demander (ou à espérer) si la tenue sera assez solide pour résister à ses mains viriles…
La porte s’ouvre, je n’ai plus d’air dans les poumons, si ça continu, il va me falloir du bouche à bouche, mon dieu que ce machin me sert…
Il se retourne…
et fait entrer à sa suite la petite grand-mère du fond du couloir qui n’avait plus de ficelle de cuisine…
Je me précipite pour me sortir de cette position compromettante, glisse avec mes talons hauts sur le carrelage, me reçoit durement sur les fesses, et comble de déshonneur, je sens sous la force de la chute, tous les petits petits boutons de nacre, prendre leur envole, atterrir, l’un dans la fenêtre, l’autre dans le cendrier sur la table du salon, un autre aux pieds de mon mari qui me regarde effaré,

et d’entendre la petite grand-mère s’écrier :
"Ben j’ai sonné plusieurs fois, mais ça répondait pas… Je dérange ?"
